Les médecins cubains travaillent dur pour qu’un système de santé gratuit puisse fonctionner
14 mars 2011
Dans le domaine des soins de santé au Venezuela, on rencontre forcément des médecins venus de Cuba. Les docteurs Leen Vermeulen et Sofie Merckx témoignent sur leurs blogs.
Dr Leen Vermeulen. Nous sommes partis en petits groupes dans les quartiers à la recherche de médecins généralistes. C’est ainsi que nous avons rencontré le Dr Bromera, une femme admirable. Il y a vingt ans, bien avant Chávez, avec d’autres médecins progressistes, celle-ci a fondé « corpo salud ». Il s’agit de petits centres de santé proches des gens et menés par un médecin et une infirmière. (…) Ils ne voulaient pas seulement soigner les malades, mais également effectuer un travail de prévention et, via leurs visites à domicile, montrer les conditions de vie de leurs patients – un engagement très courageux à l’époque, lorsque régnait une politique néolibérale. Après quelques années, les postes de santé « corpo salud » se sont retrouvés dans un état lamentable par manque de soutien des autorités et de possibilités de bonne organisation. Aujourd’hui, ils travaillent à la Missión Barrio Adentro (ce qui signifie « dans le quartier »), un projet de médecine gratuite du gouvernement Chávez semblable à notre Médecine pour le peuple.
En 2003, Chavez a décidé de créer de tels postes de santé partout dans le pays, avec l’aide enthousiaste des habitants des quartiers. Comme il n'y avait pas assez de médecins vénézuéliens, ce sontquelque 20 000 professionnels de la santé cubains qui sont venus aider. Le Dr Bromera est intarissable sur la question : « Nous sommes extrêmement heureux de l’aide de nos collègues cubains. Nous sommes désormais deux médecins à soigner environ 250 familles. Le matin, nous faisons nos consultations et, l’après-midi, les visites à domicile. Deux fois par an, nous effectuons le bilan de la situation et des problèmes, ce qui nous permet d’identifier les initiatives à prendre afin d’améliorer la santé sans le quartier. Nous sommes aidés à cet effet par notre comité de santé. Certains patients font partie à la fois du comité de santé et du comité de quartier. C’est un moyen de rassembler les hommes et les femmes qui veulent œuvrer à l’amélioration de la vie de chacun dans le village. Tel est notre “proceso”. »
La médecine gratuite, ça n’est pas toujours évident
Un processus poussé par le gouvernement Chávez pour impliquer les gens dans l’élaboration d’une société sociale.
L’exemple de Barrio Adentro – le Médecine pour le peuple vénézuélien – nous inspire pour notre travail en Belgique. Comment pouvons-nous davantage impliquer nos patients dans notre travail politique dans les quartiers et les communes ? Nous connaissons certes les problèmes, mais nous pouvons apprendre de leur approche systématique et intégrale. Il y a donc matière à réflexion.
Dr Sofie Merckx. Lien : c’est un des mots-clés de mon voyage au Venezuela durant les trois semaines écoulées. Nous nous sentions liés à tant de personnes rencontrées.
Certains d’entre eux font partie de la mission cubaine Barrio adentro. Depuis 2003, des milliers de médecins et autres travailleurs de la santé cubains sont venus en aide du Venezuela. Nous les avons rencontrés jusque dans les plus petits villages de montagne, aux côtés du peuple vénézuélien. « Avant, nous n’étions pas soignés, aujourd’hui, les médecins viennent nous voir dans notre village, dans nos maisons », témoigne Carolina. Mais il n’y a pas que du positif. La venue massive des Cubains est vue par certains – principalement des sympathisants de l’ancien système – comme une concurrence. Dans certains journaux, on peut voir des cartoons méprisants, qui disent que ce sont des techniciens, et non des médecins, qu’ils ne prescrivent pas les médicaments corrects... Les patients ne sont pas toujours bien reçus dans les hôpitaux avec des documents rédigés par les médecins cubains.
Tous ces mensonges me font revivre notre propre histoire. Si, aujourd’hui, cela semble évident de pousser la porte de nos maisons médicales, il n’en a pas toujours été ainsi. Les docteurs de Médecine pour le peuple ont été calomniés, poursuivis par l’Ordre des médecins. Le Dr Kris Merckx a même été traité de fou, obsédé par la classe ouvrière. Mais je revis aussi l’histoire de notre propre maison médicale. Quand nous, deux médecins néerlandophones, sommes arrivés il y a plus de dix ans à Charleroi, certains patients pensaient que nous n’avions peut-être pas eu notre diplôme, certains « collègues » semaient le doute et affirmaient que nous n’étions pas là pour les Carolos, mais seulement pour les « alcoolos ». Quand j’entends un médecin expliquer que les Cubains ne prescrivent pas toujours les bons médicaments, je pense à un pharmacien qui râlait contre notre infirmière en voyant nos ordonnances de médicaments génériques.
Mais je pense aussi à l’évolution que nous avons connue. En Flandre, nos maisons médicales sont appelées « la cinquième université ». Et ici, les liens avec nos collègues ont évolué positivement.
Chaque fois que nous rencontrons les Cubains, nous saluons leur dévouement, leur engagement et leur sens de la solidarité. Loin de leurs familles, ils travaillent dur, avec les vénézuéliens, pour qu’un système de santé accessible, efficace et 100 % gratuit puisse fonctionner.



