La mobilisation contre l'AIP

Le jeudi, une mère vient me consulter avec son fils malade. Heureusement, rien de grave. J’hésite même pour lui faire un certificat de maladie de plus d’un jour. Peut-être, après un jour de repos, il sera assez rétabli pour reprendre l’école.

« Donnez quand même un certificat maladie le vendredi inclus, demande sa mère. Demain, il y a encore grève de transport public et il ne peut pas arriver à l’école. C’est malheureux, les grèves, pourquoi ils ne l’organisent pas pendant les congés de Pâques, comme ça ils ne dérangent personne… ». Je suis d’accord pour lui donner le certif pour les deux jours, mais pas avec son analyse de la situation. J’explique l’enjeu de la grève : « Les entreprises font plus de bénéfices, mais les travailleurs ne pourraient pas demander une augmentation de leur salaire. On ne peut pas laisser passer cela sans réagir. Le gouvernement va décider les jours qui suivent. Les travailleurs ne peuvent pas attendre le congé de Pâques… ». Ma patiente me répond qu’elle n’était pas trop au courant de la situation et qu’elle comprend mieux maintenant.

Le vendredi, jour de l’action, j’ai pu me libérer une demi-journée pour aller visiter les piquets de grève de la région et y témoigner notre solidarité. Ces visites, j’en ai besoin de temps en temps comme une cure d’oxygène pour quelqu’un en manque de souffle. Entre les quatre murs de mon cabinet, je suis souvent confronté aux limites de notre travail : pas possible de rendre la santé aux personnes qui sont mal logées, qui souffrent de mauvaises conditions de travail ou qui n’ont simplement pas les moyens pour se payer leurs médicaments.

Aller à la rencontre des syndicalistes qui osent mettre en doute le système, c’est bon pour le moral. Cela fonctionne d’ailleurs dans les deux sens : les syndicalistes sont eux aussi très contents quand j’arrive avec trois autres camarades du PTB au piquet. Ils nous invitent à manger une brochette avec eux. Nous avons amené du café, de la soupe et des gaufres pour eux. À la fin d’une semaine de travail intense, je n’ai pas eu le courage ni l’énergie pour faire les visites tôt le matin, mais j’ai choisi la « pause » du midi. Ceux qui me connaissent comme médecin m’embrassent, souvent accompagné d’un « maintenant nous sommes sauvés, le médecin est-là ». On parle aussi des choses sérieuses. Au piquet de Caterpillar, je félicite une déléguée CNE, de loin repérable parce que la seule en chasuble verte dans une forêt de personnes en rouge, pour le fait d’être là. « C’est normal que je vienne soutenir mes collègues. A la CNE, nous sommes aussi contre le projet AIP ».

Le samedi matin, une file monstre aux caisses du supermarché, fermé la veille à cause de la grève. Le biotope idéal pour les râleurs de tout horizon. Mais tiens, petit miracle : le client est bien d’accord avec la caissière, qui dit que les actions syndicales et les grèves sont nécessaires, parce que depuis des années, les salaires n’augmentent pas, et qu’il faut que ça change. Le début d’un printemps « les gens d’abord, pas le profit ? »