Travailler peut nuire gravement à votre santé

« Travailler peut nuire gravement à votre santé » est le titre d’un livre d’Annie Thébaud-Mony que j’ai lu il y a quelques années, sur la dégradation des conditions de travail. Les récits se lisent comme un roman policier noir : les patrons meurtriers qui menacent la santé ou même la vie des travailleurs, ceux-ci ou leurs alliés qui doivent se défendre, à armes inégales. Un « plaisir » à lire ; passionnant, provoquant  une indignation montante et une envie à réagir. Annie Thébaud-Mony démontre brillamment dans son livre qu’il ne faut accepter aucune atteinte à la santé des travailleurs. Cette position de principe me sert toujours comme guide pendant les consultations d’un travailleur qui souffre de problèmes de santé à cause des conditions de travail.

J’ai eu l’occasion à rencontrer Annie Thébaud-Mony au séminaire de « Progress Lawyers Network », vendredi dernier à Bruxelles. Il y avait d’ailleurs d’autres intervenants d’excellente qualité et c’était un choix difficile de quitter le séminaire à midi pour me diriger vers le congrès de la Fédération des Maisons médicales, qui commençait au même moment à quelques kilomètres de distance. J’avais une phrase d’un médecin du travail, orateur au séminaire, en tête : « comme médecin, on peut mettre son stéthoscope dans ses oreilles, pour ne plus rien entendre ». « Je rêve d’un autre monde », était le titre du congrès de la Fédé. La question débattue était : « comme médecin, notre stéthoscope sert-il à nous couper des problèmes du monde, ou faut-il l’utiliser comme outil, comme stéthoscope social, pour déclencher une réflexion sur le monde, un autre monde ? ».

Beaucoup de jeunes au congrès de la Fédé, beaucoup d’enthousiasme, une multitude de discussions, des centaines d’opinions, un théâtre politico-absurde à se déchirer, un flash-mob mystérieux. Et une réflexion personnelle : a-t-on convaincu ceux qui n’osent plus rêver d’un autre monde ? Et pour ceux qui osent encore rêver : avons-nous su offrir les outils pour passer à l’étape suivant : ne pas de rêver, mais de travailler à un autre monde ? Un défi important pour les médecins et collaborateurs de Médecine pour le peuple : comment partager notre analyse et nos bonnes expériences avec les autres travailleurs dans le domaine de la santé ? Comment les convaincre qu’un autre monde n’est  pas seulement possible, mais aussi nécessaire !