Ciao Raffaele

Nous aimons tous nos patients. C’est-à-dire : nous avons un amour professionnel pour eux. Quand ils consultent, ils ont droit à notre pleine attention. Notre attitude est l’empathie : nous essayons de nous mettre dans leur position, pour mieux comprendre leurs souffrances et leurs besoins. Le professionnalisme veut aussi dire qu’après le travail, quand nous rentrons à la maison, nous pouvons vider notre tête.

C’est différent pour certains de nos patients. En général, avec des « patients » qui sont bien plus que cela. Des gens que nous rencontrons aussi à des actions, des fêtes, des réunions. Ils deviennent des amis.
J’étais fort bouleversé à la mort de Raffaele, un de mes patients-amis. Raffaele était un de nos premiers patients. En 2002, quand la Maison Médicale a passé sur le système du forfait, c’était Raffaele qui était le premier à signer son contrat avec la maison médicale et d’exprimer ainsi sa confiance dans notre équipe.

Entre temps, Raffaele était aussi devenu un membre actif du groupe de base du PTB, qui était organisé autour de la Maison Médicale.
Raffaele n’avait pas un caractère facile. Il exprimait parfois des critiques sévères qui n’étaient pas toujours fondées, il aimait prendre la parole, avait parfois des difficultés pour écouter les autres, il pouvait râler, il était têtu.
Mais, ces mêmes caractéristiques, il les utilisait aussi pour ses points forts.  J’ai appris beaucoup de Raffaele quand il racontait sa vie comme travailleur dans la sidérurgie. Sans aucun doute un travail lourd sur le plan physique.
Mais il y a 20, 30 ans, les rapports de force entre les patrons et les travailleurs étaient tout à fait différents de ce qu’ils sont maintenant. « Quand nous n’étions pas d’accord avec le patron, à propos de n’importe quel sujet, nous partions en grève, tous ensemble, jusqu’à obtenir gain de cause… », racontait Raffaele, avec conviction et fierté.

Les valeurs qu’il défendait m’ont inspirés et ont inspiré notre Maison Médicale. J’en ai tiré deux messages essentiels.

Premièrement, la force de la solidarité forgée dans la lutte ; la conviction et l’expérience que : « ensemble, nous sommes forts et invincibles ». Et deuxièmement, le vécu que ce sont les travailleurs, comme classe, qui sont les auteurs des améliorations des conditions de travail et de vie.

Parce que Raffaele avait le don de pouvoir transmettre ces messages. Nous avons envoyé, à plusieurs occasions, des étudiants chez lui et son épouse Filippa, pour prendre des leçons de vie. Ils y apprenaient d’ailleurs une troisième leçon, dont laquelle Filippa était l’experte : l’hospitalité. Aussi comme médecin, nous en avons profité à plusieurs occasions : c’était impossible de quitter la maison de Raffaele et Filippa sans avoir mangé une assiette de pâtes, si par chance tu faisais ta visite à domicile vers l’heure du midi…

Raffaele va beaucoup nous manquer. Mais grâce à lui, dans nos cœurs, les mots « classe ouvrière » et « solidarité » ont trouvé des couleurs et y restent ancrés.

Ciao, Raffaele