Notre histoire

Comment résumer l’histoire de Médecine pour le peuple (MPLP) ? En quelques mots : « Quarante ans de médecine au service des gens et de la société ». Et en quelques dates marquantes.

Mai 1968

La révolution étudiante est internationale. De Paris à Berlin et à Berkeley (Etats- Unis), mais aussi à Bruxelles, Louvain et Gand, les idées de gauche essaiment et sont portées par la jeunesse. En Belgique, ces mouvements donnent naissance, entre autres, à une nouvelle organisation marxiste : Tout le Pouvoir aux Ouvriers – Alle Macht Aan de Arbeiders (TPO – Amada), qui deviendra plus tard le Parti du Travail de Belgique – Partij Van De Arbeid van België (PTB – PVDA). La ligne de conduite de ce parti : servir le peuple. Une centaine d’intellectuels traduisent ces mots en actes. Nombre d’entre eux vont travailler comme ouvriers dans les usines. D’autres cherchent comment exercer leur profession (avocats, enseignants, médecins…) au service des travailleurs et à la construction d’un parti qui lutte pour une vraie société socialiste.

1971

Les docteurs généralistes Kris Merckx et Michel Leyers installent leur cabinet dans la commune « rouge » ouvrière de Hoboken, près d’Anvers. Vu leurs idées socialistes, ils optent par principe pour des soins de santé gratuits. Ils demandent aux patients de payer le strict montant remboursé par la mutuelle. Ils accordent également une très grande attention aux causes sociales de la maladie (les mauvaises conditions de vie, de travail et d’environnement). Leur salaire est celui d’un ouvrier, et ils participent à de nombreuses luttes politiques et sociales. Leur conception du « docteur-camarade » diffère radicalement de la position, à l’époque dominante, du syndicat de médecins mené par le Dr Wynen, qui protège le statut et les revenus des riches docteurs. L’Ordre des médecins, à l’époque une prolongation de ce syndicat, poursuit alors en justice les « médecins TPO – Amada » pour « concurrence déloyale » et « conduite indigne ». Les patients et syndicalistes prennent parti pour ces docteurs d’un nouveau type. Ils se rassemblent devant le siège de l’Ordre des médecins en scandant : « La médecine pour l’argent, non ! La médecine pour le peuple, oui ! » C’est ainsi qu’est né le nom de notre organisation.

1973

L’Ordre des médecins suspend Kris Merckx et Michel Leyers, pour une semaine d’abord, pour deux, ensuite. Mais Kris et Michel ignorent cette interdiction et continuent à pratiquer. Il s’ensuit une ribambelle de procès pour « exercice illégal de la médecine». MPLP riposte en mobilisant les gens et récolte un franc succès.

1978

MPLP mène pendant plusieurs années des actions contre l’empoisonnement par le plomb chez des travailleurs et des enfants causé par la Métallurgie Hoboken. Le résultat est payant : l’entreprise est obligée d’investir massivement pour l’assainissement de l’environnement. MPLP, « vert » avant la lettre… Entre-temps, les maisons médicales de Zelzate, Genk, Lommel, Deurne et Herstal voient le jour et se font également remarquer par leurs actions concernant l’environnement.

1980

Avec le « soutien moral » de l’Ordre des médecins, le syndicat du Dr Wynen mène une nouvelle grève des médecins – pour l’argent. Avec des centaines d’autres confrères progressistes, les médecins de MPLP organisent la résistance. Ils refusent de payer leur cotisation à l’Ordre des médecins. L’Ordre envoie alors des huissiers, mais les patients occupent les maisons médicales d’Anvers, de Seraing, Zelzate et Herstal pour empêcher la saisie des meubles de leurs docteurs.

1985

L’Ordre des médecins envoie la police pour saisir le mobilier du Dr Harrie Dewitte, à Genk. Après une vague d’indignation et protestations venant de toute la Belgique, l’Ordre fait marche arrière.

1985

Pour MPLP et le PTB, les travailleurs du monde entier forment une grande famille. La solidarité internationale et l’antiracisme font partie de notre core-business. Notre organisation sœur, Médecine pour le tiers-monde, voit le jour. Elle envoie des médecins travailler aux Philippines, au Salvador, au Nicaragua, au Burkina, en Erythrée et, surtout, en Palestine.

1988

Le Dr Jan Cools est pris en otage au Liban. Après 13 mois de captivité et d’action internationale, il est libéré en juin 1989.

2000

Médecine pour le peuple a désormais essaimé et s’est développée en Wallonie et à Bruxelles, avec les maisons médicales de Marcinelle (fondée en 1996), de La Louvière (fondée fin 1999), de Schaerbeek (qui existe depuis 1992) et de Molenbeek (fondée en 1998). A Hoboken, le Dr Mie Branders lance Café Santé, une initiative culinaire multiculturelle qui invite chaque dernier vendredi du mois collaborateurs et patients pour un repas à prix très démocratique, avec informations politiques.

2001

MPLP continue à se consacrer aux problèmes de santé liés au travail. A Seraing, les docteurs Jilali Laaouej et Hans Krammisch fondent le Centre de Défense et d’Action pour la Santé des Travailleurs (C-Dast), qui lutte contre les conditions de travail malsaines et dangereuses, les accidents de travail et les maladies professionnelles. Pour mieux connaître les très dures conditions de travail des ouvriers intérimaires, le Dr Karel Van Bever, de la maison médicale de Zelzate, ira plus tard travailler « undercover » comme docker chez Katoennatie. Il décrit son expérience dans son livre « Dokter in overall » (un docteur en bleu de travail), qui paraîtra en 2007. Dans leur livre « Docteur, je n’en peux plus ! », les médecins Staf Henderickx et Hans Krammisch rapportent leurs témoignages à propos des maladies liées au stress, fléau de notre époque.

2002

Les 11 maisons médicales de MPLP continuent à pratiquer la médecine gratuite en passant au système au forfait. En s’inscrivant à leur maison médicale pour un montant fixe, remboursé par la mutuelle, les 25.000 patients peuvent consulter leur médecin sans rien payer.

2003

Dans son livre « De cholesteroloorlog » (la guerre du cholestérol), le Dr Dirk Van Duppen dénonce le prix beaucoup trop haut des médicaments traitant le cholestérol, et entame la lutte contre la soif de profit de « Big Pharma » (surnom donné à l’ensemble des grandes entreprises pharmaceutiques). Il propose d’adopter le « modèle kiwi », baptisé ainsi d’après le fruit originaire de Nouvelle-Zélande, pays qui a instauré un système d’appel d’offres auprès des entreprises pharmaceutiques, afin de rembourser uniquement le médicament alliant qualité et pris le plus bas. Ce « modèle kiwi » pour faire baisser le prix des médicaments reçoit le soutien du Mouvement Ouvrier Chrétien, des centrales syndicales et des mutuelles. En effet, l’instauration de ce système ferait économiser à l’Inami quelque 1,5 milliard d’euros – soit l’équivalent de 20.000 emplois supplémentaires dans les soins de santé – et, aux patients, 1 milliard d’euros. La campagne pour le modèle kiwi démontre comment les médecins de MPLP se positionnent en tant que « rouges, et experts ».

2008

Le Dr Kris Merckx raconte l’histoire et les principes de MPLP dans son livre « Médecin du peuple ». Commentant celui-ci, le Pr Jan De Maeseneer, président du European Forum for Primary Care, déclare : « En matière de soins de santé de première ligne,  Médecine Pour Le Peuple s’est montré visionnaire en donnant le ton par trois points : L’importance des déterminants sociaux en  matière de santé et de maladie ; le besoin de soins de santé accessibles et de qualité pour tous ; le fait d’impliquer activement les patients et la population dans ces domaines. »

2009

MPLP inaugure une maison médicale agrandie et rénovée à Hoboken. Les présidents des mutuelles socialiste et chrétienne y sont présents. Tous deux expriment leur estime pour le rôle pionnier de MPLP en matière de médecine générale sociale et de grande qualité de MPLP.

2011

Comme tout le secteur médical, MPLP se féminise. Bon nombre de médecins sont désormais des femmes. S’appuyant sur quarante années d’expérience et sur un PTB renouvelé, les jeunes générations continuent à développer MPLP, en tant qu’outil pour la généralisation de la médecine gratuite, et en tant que levier dans la lutte pour un monde meilleur.

Sources :
Kris Merckx, Médecin du peuple, EPO, 2008.
Thomas Blommaert, Ik was nooit in Zelzate geweest, EPO, 2010.

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