Médecine pour le Peuple ne participera pas à l’audit de Maggie De Block sur les maisons médicales.

L’audit : une tactique pour faire des économies supplémentaires

Depuis 2016, la ministre de la Santé Maggie De Block s’est mise à faire des économies sur les maisons médicales (voir cadre). Toutes ces économies semblent cependant encore insuffisantes à la ministre, elle veut aller plus loin. Au début de cette année, elle a décidé d’un audit sur tous les maisons médicales, cet audit a été délégué sans hésiter à la firme privée KPMG. Comme nous l’avons déjà expliqué dans un article d’opinion sur levif.be : KPMG fait partie des plus grands lobbies désireux de privatiser les soins de santé dans l’Union européenne. En Grande-Bretagne, ils sont parmi les responsables de la privatisation des secteurs rentables du National Health Service (le service national des soins de santé).

L’audit est pour la ministre une manière de justifier le démantèlement de cette forme de médecine sociale. Mais ce démantèlement aura lieu de toute façon, l’audit n’étant, pour Médecine pour le Peuple, que le moyen d’y arriver. Les plans d’économies sont prêts. Selon des sources au cabinet, on parle de 10 à 20 % du budget total. Ce que la ministre est en train de chercher, c’est la meilleure tactique pour vendre ces économies. Qu’il soit clair que le but ce cet audit n’est pas d’améliorer le travail de ces centres.

Le nombre de maisons médicales a doublé en 10 ans : Il y a maintenant en Belgique 165 centres qui soignent un total de 350 000 patients. Les patients sont inscrits dans les centres sur le principe du paiement forfaitaire. Il existe en Belgique deux systèmes de financement pour les soins primaires : le paiement par prestation et le paiement forfaitaire. Dans le paiement à la prestation, le prestataire de soins est payé par intervention (par exemple par visite à domicile, conseil, consultation, suture d’une blessure…) Dans le paiement forfaitaire, le centre médical reçoit une somme fixe par patient, sans tenir compte du nombre de prestations pour le patient. Ce montant forfaitaire est calculé d’après une série de caractéristiques des patients inscrits qui déterminent les besoins en soins : l’âge, le sexe, le statut social, la présence d’un handicap, la présence de maladies chroniques importantes, etc.

La ministre De Block a commencé depuis 2016 à démanteler le système forfaitaire :

  • dans le budget prévu pour 2017, qui tenait compte de l’accroissement du nombre de nouveaux patients dans le système, on a déjà épargné 4 % dès l’élaboration. Cela s’est fait en n’ouvrant pas de nouvelles maisons médicales (qui étaient cependant prêtes) et en n’appliquant pas, en partie, l’indexation du montant par patient. En juin 2017, le cabinet annonçait que les économies étaient insuffisantes, et la ministre De Block veut encore épargner 3,5 % supplémentaires.
  • Une interdiction a frappé les nouveaux centres médicaux : plus aucun nouveau centre ne peut plus être ouvert jusqu’à nouvel ordre. Et même, des centres médicaux existants qui voulaient étendre leurs services à une discipline supplémentaire telle que la kinésithérapie ont essuyé un refus.

Médecine pour le Peuple ne prend pas part à l’audit de Maggie De Block

Médecine pour le Peuple ne prendra pas part à cet audit. L’audit s’avère être un moyen de justifier la destruction de notre vision des soins de santé. Si la ministre parvenait à poursuivre ses économies, la médecine forfaitaire aurait de sérieux problèmes. Beaucoup de petits centres seront menacés de fermeture. Avec les budgets actuels, ces centres arrivent parfois tout juste à ne pas être dans le rouge. Dans quelques grands centres, il faudra licencier du personnel, ou bien les expansions existantes ne pourront plus être maintenues. On va par exemple investir moins dans les soins psychosociaux, alors que ceux-ci sont vitaux pour beaucoup de personnes. Nous ne pourrons plus non plus investir autant dans l’extension de nos services de soins infirmiers, tels que l’accompagnement de patients diabétiques et de personnes atteintes de maladies pulmonaires chroniques. En mettant un terme à ce développement, les centres ne pourront pas inscrire autant de nouveaux patients. Certains patients vont être laissés pour compte et retomberont dans le système de la médecine à l'acte.

S’il faut qu’il y ait de toute façon un audit, ce ne sera possible qu’aux quatre conditions suivantes.

Premièrement, l’audit doit aussi concerner le système de la médecine à l'acte et les médecins-spécialistes, avec une comparaison entre les deux systèmes : médecine forfaitaire par rapport à la médecine à l’acte, comme l’a fait en 2008 le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE) et comme l’avait demandé l’an passé déjà la commission forfait de l’INAMI.

Deuxièmement, nous voulons qu’on examine dans cet audit les dépenses et les indicateurs qui comptent pour les soins de santé tels qu’accessibilité, qualité des soins, prescriptions, envoi vers un autre service de soins, prévention, travail multidisciplinaire, etc.

Troisièmement, nous voulons que l’audit soit assumé par une instance indépendante telle que le KCE et non par une firme privée partisane connue pour son lobbying en faveur de la privatisation des soins de santé.

Quatrièmement, nous demandons que l’audit se déroule démocratiquement, c’est-à-dire que tous les intéressés (fédérations et organisations de patients) ont droit de regard sur la méthode de travail.

La ministre reprend le rôle de l’Ordre, des défenseurs de la médecine lucrative libérale

Le budget total dépensé en salaires de médecins se monte à 8 milliards d’euros par an. De ces 8 milliards, 1,3 vont à la médecine générale. Le reste, quelque 6,7 milliards d’euros couvrent les honoraires (souvent beaucoup trop élevés) de médecins-spécialistes. De ce 1,3 milliard, 157 millions (c’est-à-dire même pas 2 % du budget total) vont aux maisons médicales, parmi lesquels Médecine pour le Peuple. Ces centres médicaux garantissent depuis plus de 40 ans les soins primaires gratuits pour tous leurs patients. Dans ces centres, les patients peuvent aller chez le généraliste, l’infirmier, le kiné… sans argent. Nous sommes fiers de nos centres interdisciplinaires où, depuis leur création, nous défendons les droits de nos patients. Certains nous le reprochent assez depuis le début. Nous avons été en conflit avec l’Ordre des Médecins, représentant la médecine libérale. C’est maintenant la ministre qui joue ce rôle. La médecine forfaitaire a déjà prouvé son efficacité dans une étude du Centre fédéral d’Expertise des Soins de santé en 2008. Il en ressortait que le système forfaitaire ne coûtait pas plus que le système de paiement par prestation. Le système forfaitaire s’est avéré en plus beaucoup plus accessible puisqu’il a l’avantage de supprimer les seuils financiers pour le patient, d’avoir une meilleure politique prescriptive, en particulier pour les antibiotiques — le dada de la ministre — et de réduire le nombre de renvois vers des spécialistes, donc de frais secondaires. Il serait logique que l’audit se greffe sur cette étude.

Les mesures de la ministre sont donc d’abord une attaque de la vision de Médecine pour le Peuple et de beaucoup d’autres centres médicaux progressistes. Et cependant, Maggie De Block, ministre de la santé publique et elle-même médecin, décide de trancher de nouveau dans le budget de ces centres. Illogique sans doute, mais alors pourquoi ?

Maggie De Block et le gouvernement défendent une vision libérale des soins de santé : la privatisation et la commercialisation. C’est ce qu’ils ont déjà montré à travers leurs autres projets d’économies dans les soins de santé : moins de personnel à la psychiatrie pour enfants et adolescents, rogner sur les budgets des hôpitaux, les obligeant à travailler avec moins de personnel…

Elle donne sa préférence à la médecine libérale ou « libre », où le médecin ou prestataire de soins est dédommagé à la prestation ou à la consultation et où le patient paie d’autant plus qu’il a besoin de plus de soins.

Cette vision s’est très clairement exprimée quand son parti, Open-VLD, a ressorti tous ses arguments en réaction à l’ouverture d’un nouveau centre médical à Menin : « la médecine forfaitaire mène à une surconsommation », « L’obligation, de prendre un médecin dans le centre, va à l’encontre du libre choix du patient. » « Le centre médical va attirer les défavorisés. »

Tout cela part d’une vision de la société fondamentalement différente de celle de Médecine pour Le Peuple. Notre médecine forfaitaire, où la maison médicale reçoit un budget fixe par patient inscrit, est carrément à l’opposé : c’est un système solidaire, allant des riches vers les pauvres, des gens en bonne santé vers les malades. C’est le pan le plus social de la médecine générale. Un pan de la médecine générale qui est de plus en plus nécessaire, puisqu’il ressort d’une étude européenne que 8 % des Belges retardent leurs soins de santé pour des raisons financières. Dans nos cabinets médicaux aussi, nous avons tous les jours des patients déçus que nous ne puissions pas les inscrire comme patients réguliers. Les maisons médicales ont aussi l’avantage qualitatif par rapport à des cabinets en solo ou avec peu de généralistes. Le travail interdisciplinaire sous un même toit avec paiement selon un forfait mensuel, c’est l’avenir.

En plus, Maggie de Block n’est pas spécialement heureuse de l’aspect centre d’action de MPLP. L’an dernier, nous avons mené une campagne pour une diminution des médicaments. Maggie De Block est opposée par principe à ce que les médecins s’occupent d’action sociale. « Ce n’est pas le rôle des médecins d’organiser des voyages en bus aux Pays-Bas pour acheter des médicaments bon marché », a-t-elle dit au parlement. C’est notamment grâce à nos actions qu’elle est déchue de son trône comme politicienne la plus populaire. De plus en plus de gens se rendent compte que sa politique est antisociale.

Médecine pour le Peuple réclame un développement plus poussé de la médecine forfaitaire et des maisons médicales interdisciplinaires. Nous nous opposons par principe aux mesures d’économie et à la vision libérale de Maggie De Block en matière de soins de santé.

Aidez-nous à mettre un terme aux économies

Quand notre collègue Dirk Van Duppen a publié en juillet un article d’opinion, il s’est avéré clairement que ces économies n’étaient pas soutenues par la population. Cet article d’opinion a été très partagé : 2600 fois sur Knack.be et 6000 fois sur Le Vif. Nous avons reçu des patients des tas de réactions d’inquiétude.

Nous allons avoir besoin à nouveau de l’appui des patients et de la population pour mettre fin à ces économies. C’est pourquoi Médecine pour le Peuple entame une campagne « Sauvons les maisons médicales ». Vous pouvez soutenir cette mobilisation sur notre site web et laisser un message à Maggie De Block.

En savoir plus

Opinion Knack/Le Vif L'Express (http://www.levif.be/actualite/belgique/la-ministre-de-block-fait-effectuer-un-audit-sur-les-maisons-medicales-par-des-lobbyistes-de-la-privatisation-des-soins-de-sante/article-opinion-695193.html)

La vision de l'Open VLD (PDF)

Communiqué de presse de Médecine pour le Peuple (PDF)